jeudi 2 septembre 2010

LA GRANDE TRAVERSEE de l'AFRIQUE


Thierry d’Athis, l'auteur du "Livre d'or de la PM Para" a eu la bonne idée de présenter aux éditions LBM Patricia Vallery-Masson, son épouse, et Christian de Jouvencel. Ces derniers leur a confié deux magnifiques albums photos que leurs familles se transmettent de génération en génération. Ils appartenaient à leur grand-oncle, le général Albert Baratier qui, alors capitaine, était l’adjoint du commandant Marchand lors de sa fameuse expédition à travers l’Afrique. Outre l’exploit humain (6000 km à travers brousse, forêts tropicales et marécages), cette mission représente un grand intérêt ethnographique et historique. La crise de Fachoda fut un point de tension extrême dans les relations franco-britanniques.
En cette année 1898, les puissances européennes se disputent les derniers territoires disponibles en Afrique. Une mission française, baptisée « mission Congo-Nil », composée de huit gradés, de 250 tirailleurs sénégalais et de milliers de porteurs, commandée par le capitaine Jean-Baptiste Marchand, traverse l’Afrique d’ouest en est. En même temps, 20000 Britanniques sous les ordres de Lord Kitchener remontent le Nil. Le 18 septembre 1898, au cœur de l’Afrique, à Fachoda, sur les bords du Nil blanc, l’armée anglo-égyptienne tombe sur l’expédition française arrivée trois mois plus tôt. Lesquels, du Britannique ou du Français, cédera ? La possession du Soudan et la continuité des empires coloniaux sont en jeu… La Grande-Bretagne rêve d’un axe Le Caire-Le Cap. La République française de son côté voudrait relier l’Atlantique (Dakar) à la Mer Rouge (Djibouti)…

Éric Deroo, l’un des meilleurs spécialistes du sujet, présente cet ouvrage.
Editions LBM- 15 rue du Colisée. 75008 Paris. Tél 01 48 01 01 01 .
www.little-big-man.com
mail : pab@little-big-man.com

Général Albert Baratier
Une passion Africaine
Les deux albums photographiques de la Mission Marchand appartiennent à notre famille, celle des descendants du Général Albert Baratier. Ils regroupent plusieurs centaines de documents d’une qualité artistique et documentaire exceptionnelle. Les ayant conservés intacts, nous sommes heureux aujourd’hui qu’ils retrouvent une nouvelle vie dans ce magnifique ouvrage qui rend hommage à notre grand-oncle. Nous sommes très fiers de cette réalisation et remercions Pierre de Broissia, directeur des éditions LBM, le commandant Messager de l'EPCAD, Barbara Ricevuto, Nicolas Jagora et tous ceux qui y ont contribuée.
Patricia Vallery-Masson - Christian de Jouvencel

Albert BARATIER, l'adjoint de Marchand.
Né à Belfort le 11 juillet 1864, fils de l’Intendant Général Aristide-Emile-Anatole Baratier (1834-1918), polytechnicien qui avait fait la campagne du Tonkin, Albert-Ernest-Augustin Baratier, après des études brillantes au collège Stanislas, entre à Saint-Cyr à 18 ans en 1883, puis est affecté dans la cavalerie en 1885 au 1er Régiment de Chasseurs d’Afrique. Après avoir servi en Algérie plusieurs mois, il revient en France en 1889, lors de sa promotion comme Lieutenant au 12ème Régiment de Chasseurs à cheval. Mais la vie de garnison n’est pas sa tasse de thé. En 1891, il réussit à se faire détacher hors cadres au corps de cavalerie auxiliaire que forme le Colonel Archimard et qui va bientôt se transformer en escadron de spahis soudanais et prendre part aux campagnes dirigées contre les chefs noirs Ahmadou et Samory. Sous les ordres du Lieutenant-Colonel Humbert (1891-1892), il se signale dans la marche de Kankan à Bissandougou et à l’attaque de la position de Diamanko défendue par le chef Samory en personne. Le 24 janvier 1892, le Lieutenant Baratier mérite sa première citation :
« Brillante conduite aux combats du Sonbi-ko et di Diamont (11 janvier 1892) surtout dans la charge de Sombi-ko où il a reçu un coup de crosse de fusil sur la tête et où il a eu son fourreau de sabre coupé par une balle. S'est signalé au combat à pied de Fradougou ».
Deux fois cité à l’ordre du jour, il reçoit la Légion d’Honneur le 24 décembre 1892. Rentré en France en 1893, il a payé son tribut au terrible climat Soudanais et rentre atteint d'une violente dyssenterie. Replacé au 12ème Régiment de Chasseurs, il ne tarde pas à être repris pas la nostalgie de l’Afrique et, en juin 1894, il se remet de nouveau hors cadres et à la disposition du Colonel Monteil qui, dans le Haut Oubangui, prépare une nouvelle expédition. Samory ayant repris les armes et menaçant la Côte d’Ivoire, Albert Baratier est dirigé vers Grand-Bassam et prend part aux opérations de la colonne dite de « Kong » qui réprime l’insurrection des Baoulés. De nouveau, il se signale par sa brillante conduite que consacrent une nouvelle citation à l’ordre de la colonne expéditionnaire et sa nomination au grade de capitaine (23 mars 1895). Ses nouveaux galons le ramènent en France, au 6ème Régiment de Chasseurs, mais il n’y reste pas longtemps. Toujours l’appel de l’Afrique !
Au cours de la campagne de Kong, Baratier fait la connaissance du capitaine Marchand et se lie d’amitié avec lui. Celui-ci le réclame l’année suivante pour l’accompagner dans l’expédition du Congo-Nil. En mai 1896, Marchand, mis à la tête de la mission « Congo-Nil » demande à Baratier de le seconder. Accompagnés des Capitaines Baratier, Germain et Mangin, du Lieutenant Largeau, du médecin Emily, de l’interprète Landeroin, de douze sous-officiers français et de cent cinquante tirailleurs sénégalais, le Capitaine Marchand débarque donc à Loango le 23 juillet 1896. L’objectif : la reconnaissance des territoires du Haut-Oubangui et du Bahr-el-Gazal et l’établissement de la communication entre les bassins du Congo et du Nil. On a dit à l'époque que l'âme de la mission était Marchand, mais que le bras en était Baratier. A une énergie indomptable, il joignait la science d'un ingénieur, une patience inlassable et la volonté d'un héros.
Albert Baratier, parti avec trois petites pirogues, arrive le 3 août au confluent de la Méré et du Bokou. Le 10 septembre, il atteint l’extrémité navigable des eaux françaises du bassin du Congo, à 3.330 kilomètres de Brazzaville. Le 12 janvier 1898 dans un seul bateau, avec 20 tirailleurs et 8 pagayeurs, Baratier et l’interprète Landeroin atteignent le Bahr-el-Gazal, au prix d’intrépides efforts. Durant un mois, ils ont à lutter contre les difficultés de tout genre pour trouver leur route à travers d’immenses marécages peuplés d’herbes géantes et de roseaux. Le 24 février, enfin, ils parviennent au lac No, d’où le fleuve se jette dans le Nil.
Le 13 mars, pendant que Baratier opère son retour, des indigènes Dinkas, montés sur une pirogue, lui font signe de s’arrêter et lui lancent une lettre du Lieutenant Fargeau. Celui-ci s’était égaré, au cours de sa reconnaissance, dans un marais dont il ne connaissait pas l’étendue. Baratier est alors assez heureux de le rejoindre et de le sauver.
Durant l'expédition, Baratier est le plus souvent envoyé en avant garde pour reconnaître le chemin à prendre et effectuer les relevés hydrographiques nécessaires pour le passage du Faidherbe à travers le Congo et jusqu'au Nil. Il reconnaît notamment la région du Bahr el Ghazal, vaste étendue marécageuse parcourue par des rivières sans courants aux chenaux variables et innombrables.
La traversée en est très éprouvante. Il le raconte dans ses souvenirs : "On avançait - avec quelle énervante lenteur - dans un horrible mélange de vase, de racines et de feuilles de roseaux, de nénuphars, de bois mort, de poissons pourris, d'antilopes crevées ; dans une macédoine de rats, de serpents, de mille-pattes et de fourmis. Parfois une alerte : bousculée ou même crevée par un hippopotame affolé, c'est une embarcation qui manque de chavirer. Les nuit, on s'entasse sans fermer l'œil dans les baleinières : pas de terre ferme pour camper. Et, sans trêve, c'est le supplice des affreux moustiques qui tourbillonnent en épais nuage..."
Au prix de nombreuses difficultés, il avait réussi à traverser les marais et à atteindre le lac Nô. Il avait ainsi tracé à la mission Marchand la route qu’elle devait suivre pour passer du bassin du Congo dans celui du Nil et atteindre Fachoda.
La route du Nil étant trouvée, la mission Marchand, regroupée, peut atteindre Fachoda où elle arrive le 10 juillet. Le 19 septembre, les bateaux de Kitchener qui remontaient le Nil, viennent mouiller en face de ce point. Marchand envoie Baratier en France pour rendre compte de la situation, tandis que, le même jour, par le même bateau Kitchener va faire son rapport à Londres…
Le 26 octobre 1898 Albert Baratier arrive à Paris après une escale à Marseille où il est accueilli en héros. Ses discussions avec Théophile Delcassé, ministre des Affaires Etrangères sont houleuses. Dès son installation au ministère en 1898, se pose en effet avec acuité la question de la présence française sur le Nil. La guerre va-t-elle éclater entre le Royaume-Uni et la France ? Par l’intermédiaire de Baratier, le ministre donne l’ordre à Marchand de se retirer, Fachoda ne présentant aucun intérêt essentiel pour la France. Le gouvernement français suit son ministre des Affaires étrangères. Le pire a été évité mais l’opinion publique crie à l’humiliation. Le slogan « Delcassé-Fachoda-Delcassé-Lâchoda… » est repris par la presse d’opposition.
Albert Baratier est même mis plus ou moins « aux arrêts » pendant 24 heures, le gouvernement ayant peur des manifestations en faveur de la poursuite de la mission. Le 29 octobre 1898, Albert Baratier porteur de la missive gouvernementale s’en retourne à Fachoda, via Marseille, rapportant les décisions du gouvernement français. Pour éviter un conflit avec les Britanniques, Fachoda est évacué. La mission Marchand quitte le Nil le 11 décembre et revint en France par Djibouti, ayant ainsi traversé l’Afrique dans toute sa largeur.
Cité à l’ordre de l’armée, Officier de la Légion d’Honneur (23 octobre 1899), nommé Chef d’Escadrons au 7ème Dragons, Baratier ne devait jamais plus retourner en Afrique. A leur retour, tous les membres de la mission Marchand sont accueillis en héros. Une association de soutien à la mission est crée. Fachoda fait désormais partie des nombreux chapitres tumultueux de l’histoire des rapports de la France et de la Grande-Bretagne
A son retour en France, il met en lumière l’œuvre accomplie par la mission et dresse une carte du Haut-Oubangui. Lieutenant-Colonel le 26 décembre 1905 au 8ème Chasseurs à cheval, Colonel le 29 mars 1911, commandeur de la Légion d’Honneur le 25 décembre. 1913, il commande le 14ème régiment de Chasseurs à Dôle, lorsqu’éclate la guerre de 1914.
Avec la 8ème Division de Cavalerie et le 7ème corps d’armée, il est un des premiers à entrer à Mulhouse. Après l’échec de cette offensive, son régiment, ramené en arrière, prend part à la bataille de la Marne, puis aux combats de la région de Péronne.
En pleine bataille de la Marne, le 10 septembre 1914, le Colonel Baratier, dont on a pu admirer le coup d'oeil et l'esprit d'entreprise, reçoit, avec les étoiles de Général de Brigade, le commandement de le 8ème Division de Cavalerie avec laquelle il combat en Champagne dans la région de Prosnes.
En même temps, l'ordre lui est donné de gagner la région d'Amiens où l'extrême gauche des forces Françaises uniquement composée de Divisions territoriales, enrayait péniblement la dangereuse manoeuvre allemande, dont la réussite entraînant la perte de toute la région du Nord, eût coupé la France de l'Angleterre et de la Belgique. L'instant était critique. Comprenant que l'heure des attaques à cheval était dépassée, le Général Baratier, devançant les instructions du Grand Quatier Général, fait mettre pied à terre tous ses cavaliers. La carabine au poing, la lance remplaçant la baïonnette, il chasse l'ennemi des villages d'Hannescamps, de Bienvillers, de Monchy-aux Bois, et donne aux Divisions remontées en hâte vers le Nord, la posibilité de gagner les Allemands de vitesse dans cette extraordinaire course à la mer dont le gain devait exercer une si grande influence sur la suite des opérations.
En récompense de ce beau fait d'armes, la 8ème Division de Cavalerie, reçoit une lettre de félicitations du Général de Castelneau. Baratier reçoit, le 10 août 1916, le commandement de la 134ème division d’infanterie avec laquelle il prend part aux opérations d’Alsace. Nommé Général de Division à titre temporaire, confirmé dans ce grade le 18 mai 1917, il est appelé en Champagne avec sa Division et prend une part importante aux durs combats livrés pour la défense des hauteurs de Moronvilliers, région d'observatoire sur laquelle l'ennemi ne cessait de diriger de violentes attaques. Il combat à la bataille de l’Aisne et se trouve le 17 octobre devant Reims dans une tranchée de première ligne, dite tranchée « des cavaliers de Courcy », dans la région de la Pompelle, lorsque, il est terrassé par une embolie qui provoque sa mort presque immédiate.
On l’inhume sur place, dans le petit cimetière militaire du village de Gueux, au milieu de ses soldats qui l’adoraient. C'était ainsi obéir à sa volonté personnelle. Il avait déclaré à ses amis, qu'un chef, mort ou vivant, devait toujours être au milieu de ses compagnons d'armes.
« Nous avons eu l’immense douleur de perdre notre divisionnaire. Le général Baratier était un chef aimé de nous tous et aimé de tous ses soldats… Croyez-vous, disait-il, qu’on puisse commander les hommes autrement que par l’affection ? C’est par le cœur qu’on obtient tous les dévouements…Nous perdons un grand chef et laisse-moi te dire pour le définir d’un mot : c’était un prestigieux soldat… » écrit A. Clément, alors Lieutenant du 300ème régiment d’infanterie. Lettre envoyée au Gal Gouraud.
Concernant son « ennemi » Samory, Albert Baratier écrit : « Il n’est pas exagéré de dire que Samory s’est montré supérieur à tous les chefs noirs qui ont été nos adversaires sur le continent africain. Il est le seul ayant fait preuve des qualités caractérisant un chef de peuple, un stratège et même un politique. Conducteur d’homme, en tout cas il le fut, possédant l’audace, l’esprit de suite et de précision et, par dessus tout, une ténacité irréductible, inaccessible au découragement… »
Le général Albert Baratier fut, non seulement, un grand soldat mais, également, un écrivain de talent. Dans ses nombreux articles de revues et dans plusieurs ouvrages, il relate dans un style animé d’un grand souffle patriotique les péripéties de sa glorieuse carrière africaine. Son œuvre est surtout un hymne à la gloire de l’armée coloniale, de la grande épopée d’Afrique, de ses camarades, de ses soldats, des « ses » Africains tombés pour la France.
Dans A travers l’Afrique, 1910, il retrace ses campagnes du Soudan, de la Côte d’Ivoire et du Congo, donnant, naturellement, dans son récit, une place importante à la mission Marchand. En 1914, il développe cette dernière page d’histoire dans quatre articles de la Revue des Deux Mondes, réunis presque aussitôt dans un nouveau livre. Ces souvenirs, dédiés à Marchand, portent le titre : Au Congo, souvenirs de la Mission Marchand ; ils se rapportent à la première partie de l’expédition, depuis Loango, jusqu’à son arrivée à Brazzaville. La seconde partie, sous le titre : Vers le Nil , conduit le lecteur jusqu’aux approches de Fachoda. Elle a son épilogue dans un troisième ouvrage ; Fachoda, dont des fragments importants paraîssent dans Le Correspondant avant d’être réunis en volumes. Un autre de ses livres, Epopées Africaines est une suite de récits pittoresques où il exalte l’âme naïve, le dévouement, la fidélité, l’héroïsme de ses « noirs ».
Baratier a, également, d’après les relevés topographiques des officiers et les observations astronomiques de la mission, dressé et dessiné une carte du Haut-Oubangui, qui est publiée par les soins de la Société de géographie de Paris en 1903.
Issue d’une grande famille militaire, Albert Baratier est en effet le frère du célèbre Général Paul Baratier, polytechnicien, artilleur, chargé, après la guerre de 14-18, durant de longues années, de surveiller l’exécution dans les pays « ex-ennemis » des clauses militaires des traités, Chef d'Etat-Major du Maréchal Foch et chroniqueur militaire au journal Le Temps de 1932 à 1939, année de sa mort.
Il avait constitué un dossier édifiant sur les manquements de l’Allemagne aux traités. En février 1932, au moment où André Tardieu, Président du Conseil s’efforçait de tenir tête, à Genève, à tous ceux qui, alors, semblaient redouter la renaissance de la France, le Général Paul Baratier fut convoqué pour ouvrir son dossier et éclairer la conférence du désarmement. Mais la malchance voulut que, le jour même de son arrivée (17 février) le ministère Tardieu tombât devant la Chambre Française, et la Société des Nations put ainsi continuer à ignorer, officiellement du moins, le réarmement Allemand.
Le général Albert Baratier a son nom inscrit sous la chapelle des Invalides réservée aux Généraux « Morts pour la France ».
Citations et Décorations
Citations : 3 février 1892, 24 mars 1892, 30 mars 1895, 1900 citation Mission Marchand, 7 août 1916
Décorations :
Légion d’Honneur : Chevalier en 1892, Officier en 1898, Commandeur en 1913.
Ordre de l’Etoile Noire du Dahomey : Officier en 1895.
Médaille Coloniale : Agrafes Congo, Soudan, et (en or) « De L’Atlantique à la Mer Rouge ».
Ordre de Salomon (Ethiopie) : Commandeur en 1899.
Ordre de Ste Anne (Russie) : 2ème classe en 1913
Officier de l’Instruction publique.
(D’après le « Dictionnaire de Biographie Française » sous la direction de Michel Prévost et Roman d’Amat.)


Les membres de la mission à leur retour avant leur dispersion.

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